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Mali : les déplacés peuls de Bamako s’inquiètent pour leur proches

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La recrudescence des violences au centre du Mali a atteint, ces derniers mois, une dimension inquiétante. Les violences intercommunautaires ont engendré des déplacements massifs des populations peules vers les grandes villes. 88 personnes ont trouvé refuge près de Bamako, il y a moins d’une semaine.

La « maison », à une dizaine de kilomètres de Bamako, est en sentier. Devant la porte, ce matin-là, des jeunes peuls prennent du thé. Pas assez d’ombre à l’intérieur pour « tout le monde. » Dans la cour, en fait, seulement deux bâches sont installées. Elles servent d’ombre pour les 88 déplacés. La plupart sont des enfants. Depuis six jours, c’est l’unique endroit qu’ils ont « pu trouver pour se mettre en sécurité » après les violences qui ont secoué le centre du Mali.

A l’angle de l’installation, certaines femmes sont couchées sur des nattes, fatiguées. Koumba Souleymane Barry, la cinquantaine, et le regard perdu se ressaisit et témoigne : « je me sens mal, je suis triste et mélancolique », lâche-t-elle, tremblante, la main sous le menton. « Les Donsos (chasseurs traditionnels) ont tué sept personnes qui conduisaient leurs animaux. Ils ont emporté aussi le bétail. Depuis lors, tous les peuls ont eu peur et ont commencé à quitter les villages pour les villes », renchérit t-elle avec la même émotion.

« On ne sait pas qu’est ce qui va leur arriver« 

Dans un coin de la cour, une vieille femme lave deux enfants. Près d’elle, une grosse marmite sur le feu pour nourrir les rescapés. Les enfants, insouciants, jouent dans la cour qui sert de refuge. Les grandes personnes, elles, ont encore des souvenirs « atroces ». Les esprits tournés vers leurs parents restés sur place. « Nous sommes venues avec des enfants dont les parents sont à Koro. On ne sait pas qu’est ce qui va leur arriver », se soucie Moussa Barry, les yeux lassés. Selon lui, ils ont été envahis par des gens habillés en Donso à Koro. « Ils ne détenaient pas les armes de Donsos que nous connaissions mais des armes de guerre », entonne-t-il.
Depuis leur arrivée, une chaîne de solidarité au sein de la communauté peule à Bamako a permis la livraison de vivres. Mais cela peine à masquer la douleur. Tabital Pulaaku, principale association peule du Mali, a aussi mobilisé des fonds.

Désarmer les milices…

Pourtant, les sonnettes d’alarmes d’un risque d’embrasement ont été tirées avant la catastrophe. La récente visite, dans cette zone, du premier ministre, Soumeylou Boubeye Maiga est une illustration du danger qui planait. Il avait ordonné dans la foulée, le désarmement de tous les détenteurs d’armes. Une injonction restée sans effet.
Pire, les responsables de l’association peule, Tabital Pullaku, indexent même le gouvernement dans le bourbier actuel.

Dans le centre du Mali, la présence des éléments du prêcheur radical Amadou Kouffa dans la région de Mopti et de Ségou a ravivé les antagonismes déjà existants entre les Peuls, éleveurs et les Dogons et Bambara cultivateurs. Des préjugés et amalgames pèsent le plus souvent sur des membres de la communauté peule, accusée d’être proche d’Amadou Kouffa.

Ag Ismaguel Acherif

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