Accueil Notre ville Studios photo à Bamako : les temps sont durs !

Studios photo à Bamako : les temps sont durs !

667
0
PARTAGER

A l’heure de l’évolution numérique, les studios meurent à petit feu. A Bamako, quelques studios tiennent encore sur pied.  Pour combien de temps ?

« Mes recettes mensuels tirées de mon studio photo ne dépassent pas 10 000 FCA maintenant. C’est vraiment difficile », se lamente Marc Saye, inquiet. Appareil numérique posé à côté, Marc est assis devant son petit studio ‘’la falaise Dogon’’ à Darsalam. Il l’occupe depuis près vingt ans Sur les murs, quelques photos de Marc, ci et là des objets personnels couverts de poussière.  

16 heures passées. Il n’y toujours pas de clients. « Ici à Bamako les gens ne viennent plus faire des photos dans les studios ». Pour Marc, des jours  sans un client sont fréquents.

« Les marchés sont très lents. Au moment où ça allait un peu, je pouvais prendre jusqu’à cinq photos d’identité par jour. Les gens prennent  leur photo d’identité  avec le téléphone et vont les tirer dans les labos. Les qualités ne sont pas les mêmes mais c’est moins chers », explique Marc Saye.

Des conditions difficiles, pourtant il doit payer le loyer du studio à chaque fin de mois. Pour s’en sortir Marc fais des petits boulots.  « Par mois, je dépense plus de 30 000 FCFA dans l’entretien du studio. Les recettes du studio ne peuvent assurer tout ».

Une bonne raison qui le lie encore à ce studio qui n’apporte pourtant rien ? Pour Marc Saye c’est plutôt pour garder l’adresse « Je suis toujours là c’est parce les gens me connaissent », dit-il pensif.

« Le travail a disparu »

Dans la capitale malienne, les promoteurs des studios photos vivent mal les conditions économiques précaires. « Tout le monde est devenu photographe. Notre travail a disparu. Nous ne savons plus à quel Saint se vouer. Nous vivons au jour le jour », déplore le promoteur du studio Mopero. Pour lui, l’évolution du numérique n’est qu’une partie des problèmes qu’ils subissent. Il accuse l’Etat de ne pouvoir jouer son rôle de régulateur.

« On ne peut pas demander à quelqu’un de ne pas acheter son appareil photo. Nous sommes dans cette condition parce que l’Etat ne se soucie pas de nous. Il est faible. Depuis seize ans nous payons nos impôts et taxes. Je ne peux pas comprendre qu’on laisse ceux qui ne payent rien nous ravager » dit-il. D’un ton remonté.  Dernière ce mécontentement, il ne perd pas espoir : « Si l’Etat arrive à réguler aujourd’hui le marché, nous pouvons bien vivre de la photographie.  Nous avons construit notre vie de ce métier ».

 

L’évolution du numérique plonge pratiquement tous les promoteurs de Bamako dans une situation critique. Cependant, certains, comme le studio « Zoom » arrivent tout de même à tirer leur épingle du jeu. En plus de la photographie, le studio présent depuis plus de 30 ans, a intégré  à sa corde de travail l’audiovisuel.

Le studio ne fait plus des recettes de 200 à 300 000 FCFA par week-end, mais il s’est rabattu sur la  réalisation de films de mariage. « On ne se plaint pas, le studio arrive à s’entretenir et à payer ses employeurs » selon Mahamadou Fané, photographe caméraman au studio Zoom. En plus, dit-il, les  appareils numériques offrent plus d’avantages en termes de stockage.

« Avant pour faire un reportage avec les appareils analogiques, il fallait payer un paquet de  pellicules de 6 000 à 7000 FCFA. Souvent on dépensait jusqu’à 15 000 FCFA en pellicules. Par contre avec les appareils numériques, même l’amateur se débrouille dedans. Ce qui n’était pas possible avec les analogiques ».

L’avenir des studios photos préoccupe autant les photographes que leurs employés. Si d’autres gardent espoir, Marc Saye, par contre, songe à changer de métier. Son projet en tête, l’aviculture et le l’élevage.  Car « tôt ou tard, les studios photos vont disparaitre» dit-il.

Si les temps sont durs pour les studios, les labos photos, eux, s’en sortent plutôt bien : ils pullulent un peu partout dans la capitale. A Folofoubougou Bolibana, le Labo Danaya affirme tirer jusqu’à 3000 photos les jours des mariages (jeudis et dimanches).

Kadiatou Mouyi Doumbia

LAISSER UN COMMENTAIRE

Envoyer votre commentaire
Merci d'entrer votre nom