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Mali : grève illimitée des magistrats, calvaire des détenus en garde à vue

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news.abamako.com

Après l’échec des négociations  avec le gouvernement en fin septembre, les deux syndicats  de la magistrature au Mali poursuivent leur mot d’ordre de grève. Conséquence : la longue attente des détenus en garde à vue.

Tasse à la main, désespérée, Mafing Boiré*, à peine arrivée, franchit précipitamment la porte de sortie  du commissariat du 1er arrondissement, dans le centre-ville de Bamako. « ‘Quand est-ce que ma situation sera réglée ?’ Il m’a encore posé la question aujourd’hui », raconte la jeune dame, larmoyante. Elle est venue apporter à manger à son beau-frère détenu. C’est son quotidien depuis près d’un mois.

« Il est ici depuis plusieurs semaines. On nous dit que les juges sont en grève », déplore-t-elle, pudique. Chauffeur de son état,  le beau-frère de Mafing Boiré est parmi les détenus en garde à vue dont les dossiers traînent au bureau du procureur. A cause de la grève illimitée des magistrats, l’instruction de son cas est reporté sine die. Mafing Boiré s’en inquiète : « Nous serons soulagé si cette grève se termine. Elle dure déjà près d’un mois. »

Le commissariat du IIIe arrondissement fait partie des structures surpeuplées par cette troisième grève des magistrats. Les deux précédentes, pour les mêmes motifs, ont été observées fin janvier 2017, puis en juillet 2018 pour une semaine.

Ce que les magistrats exigent

Dans leur de cahier des doléances, les magistrats demandent au gouvernement la sécurisation des juridictions et du personnel judiciaire ainsi que la relecture du statut et de la grille salariale sans lesquels ils ne reprendront pas le travail, selon Hady Macky Sall, président du Syndicat libre de la magistrature (Sylima).

En attendant, pour faire face à l’urgence, un accord a été trouvé avec le procureur, le 15 septembre, pour décongestionner les cellules. « Nous confions aux parents les détenus qui ont commis des délits mineurs. Ils s’engagent à nous les ramener après la fin de la grève », explique Ibrahima Soma Keïta, commissaire principal du IIIe arrondissement.

L’officier de police judiciaire indique que ce processus a déjà concerné une vingtaine de détenus. «  Mais certains parents refusent de venir chercher leurs proches, craignant que ces derniers ne disparaissent dans la nature », regrette Ibrahima Soma Keïta.

Le bras de fer se poursuit

En grève illimitée depuis le 27 août sur l’ensemble du territoire national, le Syndicat autonome de la magistrature (Sam) et le Syndicat libre de la magistrature (Sylima) campent sur leur position. Selon Hady Macky Sall,  il n’y a toujours pas d’évolution dans la prise en compte de leurs revendications. En conséquence, « nous restons sur notre dynamique de poursuivre la grève illimitée ».

Pour le sort de ces nombreux détenus en garde à vue depuis longtemps pour défaut d’instruction, les magistrats assurent qu’ils ne font qu’exercer leur droit de grève, conformément à la loi. « Nous assurons déjà le service minimum dans les tribunaux. Mais le gouvernement veut que nous travaillions davantage. Nous n’allons pas accepter cette pression », prévient Hady Macky Sall, déterminé.

* Le prénom et le nom ont été modifiés.

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